Clarinette professionnelle et d'étude
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Grandes Entes. 2
Petites clarinettes. 3
Grandes clarinettes. 12
Hautbois. 3
Saxophone contraltos.
Saxophones alto. 2
Saxophone ténor.
Saxophone baryton,
Saxophone basse.
Pistons. 4
Saxhorns contraltos si bémol. 2
Saxhorn soprano mi bémol. 1
Saxtrombas altos mi bémol.
Cors. 3
Trompettes. 3
Saxtrombas barytons si bémol. 2
Trombones. 5
Saxhorns basses si bémol. 6
Saxhorns contre-basses mi bémol. 3
Saxhorns contre-basses si bémol. 2
Timbales.
Plus un chef,111. Cressonnois, ce gui donnait au total. 63 hommes.
Le comité de la 3` section, on ne l'a pas oublié, n'avait institué pour ce concours que quatre prix, consistant en quatre médailles d'or de 5,000 francs, de 3,000 francs, de 2,000 francs et de 1,000 francs. Un pareil programme n'aurait pu être rigoureusement observé sans de flagrantes injustices envers les musiques privées de toute récompense. La supériorité absolue de chacun des dix corps de musique qui étaient entrés en lice décida le jury, à l'unanimité, à partager les quatre grands prix en augmentant leur valeur vénale, de manière à ce que chaque régiment reçût la récompense qui lui était due.
C'est au milieu du silence le plus solennel que le général Mollinet, président du jury international, prononça le nom des corps de musique dans l'ordre suivant :
Premier prix ex (quo.
AUTRICHE : Régiment du duc de Wurtemberg. — PRUSSE : Régiment de la garde royale et grenadiers de la garde ns 2 (régiment de l'Empereur François) réunis. — FRANCE : Garde de Paris.
ET LES INSTRUMENTS DE MUSIQUE. 2,9
Deuxième prix, es aequo.
FRANLE , Guide., de la garde impériale. — RUSSIE. : Chevaliers-Gardes. — BAVIÈRE : Régiment royal d infanterie.
Troisième Pris es æquo.
PAYS-Bas : Grenadiers et chasseurs. — DUCHÉ DE BADE . Grenadiers de la garde.
Quatrième Prix en (quo
ESPAGNE : Régiment du génie. — BELGIQUE : Grenadiers belges.
Quelques mots à propos de la steppression des musiques françaises de cavalerie
et d'artillerie.
Ce concours a révélé au public français des qualités qu'il soupçonnait à peine chez quelques-uns des corps de musique étrangers, en même temps qu'il lui a prouvé de la façon la plus éloquente la grande importance qu'on attache partout à posséder de bonnes musiques régimentaires.
Le succès des musiques étrangères et de nos deux musiques françaises, l'accueil enthousiaste qu'elles ont reçu de tout le peuple parisien rend d'autant plus regrettable, au point de vue de l'art, la suppression de nos musiques de cavalerie et d'artillerie. Aucune d'elles n'a pu échapper à cette féroce razzia °, qui a eu pour but, dit-on, l'économie de trois mille chevaux. Moi, qui aime beaucoup plus la musique que
I. De grands et généreux efforts ont ét6 tentés pour sauver du naufrage la musique des Guides qui riait une musique modèle, Le 31 aoêt 1867, l'Empereur reçut la requête suivante :
<, SIRE,
r L'existence de la musique des Guides, un des types les plus parfaits du progrès se- empli dans les musiques militaires, étant menacée, nous venons supplier Votre Majesté, ,^ dont la sollicitude embrasse tout ce qui peut ajouter à la gloire de la France, rie daigner r ordonner le maintien, à un titre quelconque, de cet orchestre, dont la suppression serait r une véritable porte pour l'art musical français.
Noue avons l'honneur d'être avec respect, Sire, de Votre Majesté, les très-obéissants e sujets.
c Signé : G. Rossini, Auber, Ambroise Thomas, Georges Kastner, Félicion David, F.-A. Gevaërt, A. Elwart, baron Taylor, de Vaucorbeil, Du- prote , François Bazin, Léo Delibes, Lefebure Weily, Émile Durand, Charles Colin, Oscar Comettant, Ermel, Laurent de Riflé, Georges Bizet, Sain-d'Arod, A. Maillard. Victor Massé, Th. de LMarte, Th. Semet, E. Vauthrot, Miennes *aber, J. Viallon, F. Benoist, Alex. Leprévost, C. Saint-Saëns. a
C'était écrit, comme disent les Tarte ,fatalistes. Ce beau corps fut dissous à son tour. Son chef, M. Cressonnois, conduit, au moment où nous écrivons tes lignes, les concerts Besselièvre, aux Champs-Élysées.
230 LA. NUSIQUM, LES MUSICIENS
les chevaux, je regrette infiniment que les chevaux soient si Précieux et erares qu'il faille leur sacrifier nos meilleurs orchestres d'harmonie. Personne n'ignore que la musique est. pour le soldat la plus saine et la plus fortifiante des récréations. Elle élève son moral, le fait rechercher et aimer des populations où il tient garnison. A l'arrivée d'un nouveau régiment dans la ville où il doit tenir garnison, la première question que tout le monde adresse à l'avant-garde est invariablement celle-ci : a Avez-vous une bonne musique? » Si la réponse est affirmative, la foule se presse au-devant des troupes, et l'accueil qu'elles reçoivent est plus cordial, plus chaleureux. Grâce aux concerts hebdomadaires que la musique offre aux populations dans les promenades, sur la place publique, des relations affectueuses s'établissent entre les habitants de toutes les classes de la société et les militaires de tous les grades. La présence d'une musique militaire ajoute à l'éclat des fêtes nationales, à la pompe des cérémonies 'religieuses, à la solennité des distributions de prix dans les colléges, et apporte aux orchestres des théâtreslyriq u es, si incomplets dans presque tou tes les vil I es de province, un contingent d'instruments à vent de plus en plus indispensable à l'exécution des nouvelles partitions d'opéra.
Agréables et utiles aux populations, les musiques régimentaires ne le sont pas moins aux troupes qu'elles servent de plus d'une manière. Pendant la belle saison, la musique conduit le régiment, à l'exercice, et les nouvelles recrues, en marchant en cadence, prennent l'habitude d'une allure et d'une tenue plus martiales. Dans les moments de repos elle égaie et fortifie le soldat. Durant l'hiver elle rond plus courtes les longues marches militaires. En traversant les villages ses mêles accents réveillent les instincts belliqueux des jeunes gens des campagnes , et c'est plus qu'un besoin, c'est une nécessité aujourd'hui que l'entretien des instincts belliqueux avec la création de la garde mobile.
Aux revues du colonel et des généraux, la musique, placée au centre du régiment, joue ses plus beaux airs, et le temps que le, soldat est obligé de passer debout, appuyé sur ses armes, s'écoule ainsi pour lui sans fatigue.
Si le régiment est on voyage, quelque longue qu'ait été l'étape, dès que la musique se fait entendre, on voit les tètes se redresser, les hommes marcher d'un pas plus assuré et oublier en quelque sorte les trente ou quarante kilomètres qu'ils viennent de franchir.
Au milieu des camps d'instruction , la musique est plus précieuse
ET LES INSTRUMENTS DE MUSIQUE.
que partout ailleurs. Elle rompt,la monotonie des exercices et rapproche les officiers d'une même brigade, d'une même division. Le matin, au réveil, le soir, devant le frontale bandière , ses harmonies sont enivrantes. Aussi voit—on, autour du cercle formé par les musiciens, des militaires de tous grades qui, tout en humant le parfum du maryland ou du caporal, écoutent, sous le charme, les airs restés dans leur mémoire durant les loisirs de la garnison. Voilà pour la musique en temps de paix. Examinons son utilité en temps de guerre.
Le rôle de la diplomatie a cessé, et c'est au canon à fournir l'ultimo ratio. Le régiment s'embarque. Qui charmera les longs ennuis de la traversée et entretiendra le moral, si ce n'est la•musique? Chaque soir, sur le pont, l'heure des concerts est attendue et les places sontretenues à l'avance pour mieux entendre et voir. En Afrique, en Crimée, en Chine, au Mexique, la musique a contribué dans une large mesure à préserver nos soldats de la nostalgie (cette étrange et dissolvante maladie qui résiste à tous les remèdes) en rappelant à ces glorieux exilés les airs de la patrie regrettée et en leur donnant , avec l'espérance de la revoir bientôt, l'énergie nécessaire pour la faire triompher.
En Crimée, quand les musiques militaires des 1•, voltigeurs, 1." grenadiers et gendarmes de la garde impériale jouaient devant l'habitation du maréchal Pélissier, on voyait accourir de tous les camps environnants des centaines de soldats de toutes armes, lesquels, après s'étre assis sur leurs talons, écoutaient en fumant leur pipe et dans le plus profond recueillement. Ils faisaient ainsi provision de bonheur.
a Si nous n'avions pas eu de musiciens en Crimée pour égayer notre esprit et fortifier notre coeur, me disait dernièrement un officier supérieur, des soldats seraient morts d'ennui pendant ce long siége, et les désertions eussent été à craindre. La musique consolait tout le monde et raffermissait notre ardeur. u
Le brave colonel Boudville, commandant le le voltigeurs, ayant été grièvement blessé le 18 juin 1855, il fut porté à l'ambulance où il devait mourir. Le chef de musique de ce régiment pensa que la musique serait peut-être agréable au glorieux blessé, en même temps qu'aux autres malades, et il communiqua cette pensée au colonel. M. Boudville accueillit la proposition du chef de musique avec joie, et bien certainement le plaisir d'en tendre tes airs du Chalet, qu'il aimait tout particulièrement, dut contribuer à alléger ses souffrances.
Partout du reste les musiciens étaient attendus avec impatience par
932 LÀ MUSIQUE, LES MUSICIENS
les malades. Que de remerciements, que -de serrements de main au chef de musique après chacun de ces concerts bienfaisants t Et, plus tard , lorsque le régiment, en deuil, conduisit son colonel à sa dernière demeure,-les accents déchirants de la marche funèbre de Thalberg n'ont. ils pas ajouté au douloureux éclat de cette triste cérémonie ?
Il est bien permis de faire remarquer les services d'une autre nature rendus par les musiciens pendant les dernières guerres.
En Crimée, le 18 juin 1855, les musiciens du i" voltigeurs, divisés en deux fractions, allaient chercher les blessés jusque sous le feu de l'ennemi ; ils les rapportaient, sur leurs bras , à l'ambulance la plus rapprochée, tandis que leurs camarades, restés à l'ambulance, contribuaient par leurs soins intelligents à adoucir les souffrances de ces mêmes blessés. Ils leur donnaient à boire, aidaient au pansement de leurs blessures etchargea lent sur des cacolets ceux qu'on trouvait transportables et qui pouvaient être évacués sur Constantinople ou sur la France.
Après la prise de Malakoff, le 8 septembre 1855, le chef de musique du 1" voltigeurs avait établi une ambulance dans des baraques voisines de son régiment. Chaque baraque, contenant vingt malades au moins, était placée sous la surveillance de deux musiciens, dont l'un ne devait jamais s'absenter, tandis que l'autre allait chercher de l'eau, des vivres, des médicaments en attendant l'arrivée dès médecins si tristement surchargés de besogne.
A Solférino, les mêmes musiciens — et je les pourrais citer tous , — avaient installé, dans une magnanerie voisine du lieu du combat, une ambulance où ils ont reçu plus de deux cents blessés. Ils les étendaient sur des claies recouvertes de foin ou de paille et les garantissaient ainsi de chocs douloureux. Comme en Crimée, ils leur donnaient à boire, aidaient au pansement de leurs blessures , aux amputations , et chargeaient sur des cacolets ceux qui pouvaient être transportés en arrière sur les villes de Castiglione, Monte-Chiaro et Brescia.
Et tout cela se faisait de bonne grâce, intelligemment, avec des manières de Soeurs de charité, bien que de semblables offices fussent tout à fait en dehors de leurs engagements.
La plupart de ces jeunes artistes sont devenus chefs ou sous-chefs de musique. Nul doute qu'ils ne montrassent le même zèle à secourir leurs camarades, si la même occasion se présentait.
Au reste, tous avaient appris à se servir d'un fusil, et l'on peut
ET LES INSTRUMENTS DE MUSIQUE. 233
affirmer que pas un n'eût reculé devant tin danger sérieux, s'ils avaient été appelés à combattre.
Malgré tant de services rendus par nos musiques, et bien que l'histoire n'offre pas d'exemple d'une armée disciplinée sans musique, nos plus beaux orchestres régimentaires devaient disparaître sous l'action acharnée des réformateurs quand même.
Les réformes dans l'armée mises à l'ordre du jour, il était impossible qu'il ne se trouvât pas un certain nombre de passionnés réformateurs pour proposer tout bonnement et tout uniment la suppression de la plus belle partie de nos musiques de régiments. C'était radical et vite fait. Un trait de plume, comme on donne un coup de sabre.
— L'armée, ont dit certains d'entre eux, n'est pas un Conservatoire de musique, et il faut autre chose pour lutter contre les fusils à aiguille, que des couacs de clarinette.
Et ils se sont demandé pourquoi, puisqu'on était en veine de réforme, on ne supprimerait pas aussi, d'abord :
Le tambour-major, homme inutile, quoique fort bel homme, et dont la véritable place serait au café du géant ;
Puis une partie des simples tambours ;
Puis les sapeurs , qui ne sapent plus rien depuis longtemps, et pour lesquels, d'ailleurs, on le sait, rien n'est sacré.... à l'Alcazar.
Puis les cordonniers ;
Puis les tailleurs ;
Puis les armuriers de la compagnie hors rang, le système de la main- d'oeuvre par les soldats étant reconnu mauvais , et ces estimables ouvriers ne travaillant que dans le vieux;
Puis les deux tiers, au moins, des muletiers dont les mulets, en campagne, entravent la marche des troupes;
Puis les cantiniers, trop nombreux, ainsi que :
Les ordonnances,
Les cuisiniers,
Les domestiques qui conduisent les bagages ,
Les hommes détachés au service de boucherie ,
Les gardes de troupeaux, etc., etc., tous gens fort honorables, mais qui ne se battent pas ou qui se battent peu.
Quand on fait des réformes, on ne saurait trop en faire, et je ne vois, après toutes celles qu'on a proposées, qu'une réforme préférable à toutes : ce serait de réformer les réformateurs eux-mêmes.
Dans l'armée, ont répété de belliqueux prud'hommes, il ne faut que
234 LA 'MUSIQUE, LES MUSICIENS
des homme, aemés et point de non-valeurs. Les non-valeurs ont été,de temps immémoriaux, la plaie vive de toutes les armées, et l'homme désarmé est no embarras pour l'hm me armé. Or, les musiciens sont des non-valeurs et un embarras, puisqu'ils ne sont pas armés. D'ailleurs, que 'viennent-ils faire dans les champs de Bellone , ces hommes efféminés par un art corrupteur? La musique, l'estimable Rousseau nous l'apprend, est un art d'agrément. En peut-on dire autant de la guerre? Non, assurément : donc les musiciens sont déplacés parmi les hommes de guerre. Aux uns, les doux roucoulements du cornet à pistons , les sérénades , les aubades, les tendres sentiments; aux autres, la symphonie du canon, les variations de la mitraille, les luttes de la mort.
Il faut pardonner à ces prud'hommes, — sous-lieutenants dans la garde nationale , j'en ferai le pari , — leur belliqueux langage : souslieutenance oblige, comme noblesse.
Malheureusement, à côté des César de la rue Saint-Denis, des voix plus autorisées se sont élevées contre ces malheureuses musiques militaires qui faisaient la joie et l'orgueil de tout le monde hier, et qu'on critique avec fiel à cette heure qu'elles sont tombées.
C'est l'éternelle ingratitude humaine se manifestant à propos de tout et toujours.
Les musiques nous ont fait passer de bonnes heures, et nous les avons applaudies au temps de leur prospérité ; quoi de plus naturel, de plus humain que de leur trouver mille défauts quand leur étoile a pâli ?...
Voici les théories qui constituent tout un système de musique militaire de l'avenir. Nous les devons à ce brave Louis Noir qui a été un zouave spirituel , qui est devenu un vaillant écrivain, mais qui ne sera jamais musicien , je le crains.
a( Quant aux musiciens, écrit l'humouristique auteur del'Art de battre les Prussiens, nous demandons d'abord qu'au lieu d'une musique en tête du régiment, on donne une fanfare à chaque bataillon. Pourquoi le I.' bataillon seul aurait-il te privilége d'une musique? Puis cette fanfare, comme celle des bataillons de chasseurs à pied, serait réellement militaire et jouerait des airs guerriers , bruyants, vigoureux, capables d'animer le soldat et d'enlever. Il semblerait aujourd'hui que nos musiques de régiments soient des succursales de l'orchestre de l'Opéra, et qu'elles n'aient d'autre but que de charmer les bourgeois accourus
'ET LES INSTRUMENTS DE' MUSIQUE. 235
au passage d'un régiment. Ce ne devrait être, ni leur but, ni leur mission. A cette heure, la musique est un peu trop celle du colonel et pas assez celle des officiers. La France ne devrait pas entretenir une armée de musiciens pour jouer des sérénades à deux cents colonels. « Chacune des fanfares que nous proposons serait armée et bien armée; et comme, dans les charges, il est impossible de jouer un air, parce que l'ophicléide pourrait manquer au moment voulu, et que le cornet à pistons serait exposé à ne pas continuer sa partie ,—vu la mitraille, — les musiciens prendraient rang à la suite du régiment et redeviendraient soldats à l'heure décisive où l'on n'a jamais une baïonnette de trop.
« Et qu'on le croie, une petite fanfare est très-suffisante pour jouer , avec le concours des clairons, les véritables airs qui animent la troupe. Le bourgeois lui-même préférerait ces marches entraînantes aux langoureuses fantaisies dont on le régale souvent quand il vient voir passer un régiment.
« En outre, nous souhaitons que l'on trouve le moyen de tourner les pavillons des instruments en arrière, vers la troupe qui doit les entendre, et non en avant, ce qui est un non-sens ^. »
Ainsi, c'est quand la civilisation fait chaque jour de nouveaux progrès, quand l'art musical en particulier étend surle peuple et jusque dans les plus modestes villages des provinces les plus éloignées de la capitale son action bienfaisan te , qu'on voudrait priver tout à fait nos soldats de ces doux et à la fois robustes concerts qui sont comme ta voix même du drapeau.
Ah! la triste économie que celle de quelquesmusiciens par régiment, quand ces musiciens sont l'orgueil même du régiment, les joies du troupier en temps de paix, les voix de l'entrainement et de l'action quand il faut marcher à l'ennemi.
La musique est un luxe, dit-on ; soit,mais c'est un luxe du coeur, elle eceur du soldat, voué à la défense du pays, est assez riche pour se permettre quelque luxe.
Prenez garde, économistes à courte vue, de ne pas tomber dans l'excès des réformes impopulaires et dangereuses.
La pente peut vous entraîner loin !
Êtes-vous sûrs de vous arrêter à temps? ^
Une fois lancés sur la voie des économies , vous verrez des zélés qui
4. Adolphe Sax a fait cela depuis bien des années déjà .
46
23E LA MUSIQUE, LES MUSICIENS
chercheront à économiser sur tout : sur le costume des militaires, sur leurs logements, sur leur nourriture, même sur leur pension de retraite et sur leur croix d'honneur.
Croyez-vous :à l'énergie, à l'enthousiasme , au mépris de la mort, d'une armée habillée, par économie, de drap gris d'hôpital, en sabots, sans musique, et à laquelle on offrirait des croix d'honneur en fer- blanc, toujours par économie? Le soldat, après toutes ces économies, pourrMt bien aussi songer à en faire une autre : celle de sa propre vie.
Non, la musique est un prestige, et il ne faut priver l'armée d'aucun de ses prestiges.
Le soldat n'est pas seulement une machine propre à tuer ses semblables, c'est aussi et avant tout un homme, quia bien le droit de demander à vivre un peu pour lui-même avant d'aller noblement mourir pour tous.
Si loin qu'on remonte dans l'histoire des nations, on trouve avec des guerriers une musique guerrière. Pythagore et Plutarque pensaient que la musique est propre aux grandes actions, particulièrement à exciter les sentiments de bravoure. Les Spartiates allaient au combat au son de leurs instruments. Deux cents ans après la mort de Tyrtée aux mâles accents, on redisait encore ses chants dans le camp des Spartiates, et Horace nous l'apprend dans son Art poétique :
Tynœnsque suaves animes in mania belli Versibus exacuit.
Homère considérait comme barbares les expéditions militaires d'oit la musique était exclue.
On peut regarder comme certain qu'Épaminondas dut à ses talents de musicien une grande partie du prestige qu'il exerça sur les Thébains.
Quelques auteurs ne craignent pas d'affirmer que Thémistocle se couvrit de honte pour avoir refusé dans un festin la lyre qu'on lui présentait, disant qu'il n'en savait pas jouer. A partir de ce jour, la faveur publique se reporta sur Cimon, général athénien, qui, lui, était excellent chanteur et joueur de lyre.
La musique ennoblit et console le coeur d'Achille qui, à la suite de son démêlé avec Agamemnon, chantait les louanges des héros. On a pu lire dans Thucydide et Xénophon que les Grecs, avant de livrer bataille ou après avoir remporté une victoire, avaient coutume de chanter
ET LES INSTRUMENTS DE MUSIQUE. 237
l'hymne deguerre appelé Pean. Avant le combat, cet hymne s'adressait à Mars ; après la victoire, il était célébré en l'honneur d'Apollon.
Si nous passons des Grecs aux Romains, nous voyons Servius Tullius, dont le règne commence à l'an 578 avant Père vulgaire, diviser le peuple en centuries, parmi lesquelles deux furent composées de joueurs d'instruments. Ces instrumentistes devaient fournir des musiciens à l'armée.
• Sous Louis XIV, la musique militaire avait acquis en France, aux yeux même du roi, mie importance réelle. Comme surintendant de la musique de Louis XIV, Lulli fut appelé à écrire des marches militaires, et l'on peut lire dans l'excellent manuel de musique militaire de notre regretté Georges Kastner, que ce célèbre compositeur a parfois écrit spécialement pour le tambour.
Que puis-jc ajouter? Est-il besoin de rappeler les paroles prononcées à la Convention par Marie-Joseph Chénier : « Il sera glorieux pour « vous, représentants, de prouver à l'Europe étonnée qu'au milieu « d'une guerre immense, vous savez encore donner quelques instants « à l'encouragement d'un art qui a gagné des victoires, et qui fera les « délices de la paix. n Ces paroles furent entendues, et le Conservatoire prit naissance. Selon Raynal, le roi de Prusse Frédéric le Grand dut quelques-uns de ses succès à la musique guerrière. « C'est la marche des grenadiers prussiens, disait un général de cette nation, qui a été le premier héros de la guerre de Sept Ans. »
En 1813, après la déroute de Leipzig, Napoléon écrivait de Mayence au ministre de la guerre : J'ai passé en revue plusieurs régiments qui n'avaient pas de musique. C'est une chose intolérable ; hâtez-vous de m'en envoyer. n Voilà sur l'utilité de la musique en temps de guerre l'opinion d'un homme qui s'y connaissait.
On a parlé d'économies à faire. Voyons cette économie.
Nous avions en France soixante-douze musiques de cavalerie et vingt- deux musiques d'artillerie. Chaque musique se composait d'environ trente musiciens, ce qui formait un total de presde trois rnillemusiciens. Chacun de ces musiciens était détenteur d'un instrument- dontla valeur s'estimait en moyenne à 125 francs. Les instruments durent à peu près six ans.Donc, en six ans, la facture française fournit aux soixante-douze musiques de cavalerie et aux vingt-deux musiques d'artillerie près de trois mille instruments. Calculez, et vous trouverez que la suppression de toutes ces bandes d'harmonie a dégrevé le budget de la guerre de
538 LA MUSIQUE, LES MUSICIENS
moins de cent mille francs par an. Est-ce là mie économie sérieuse? Reste, il est vrai, le bénéfice de près de trois raille chevaux. Mais on pouvait très-bien réserver ces chevaux pour un autre usage, sans supprimer pour cela les musiques ; on n'aurait eu simplement, qu'à faire voyager les musiciens comme voyagent les hommes non montés à la suite des régiments de cavalerie.
Un mot encore.
Une chose reconnue utile depuis la naissance des civilisations jusqu'à nes jours ne saurait tout à coup cesser do l'être; car si le progrès fournit sans cesse de nouveaux moyens d'action à l'industrie huitaine, la nature même de l'homme est immuable. Les musiques militaires sont devenues une nécessité en temps de paix, et il est cruel et impolitique d'en priver le soldat en campagne. Elles sont passées clans nos moeurs. On e pu supprimer nos meilleures symphonies militaires, et d'autres nations ont pu imiter ce fatal exemple : il faudra les rétablir partout, c'est notre opinion et c'est aussi notre espoir.
CONCERT EUROPEEN DES MUSIQUES MILITAIRES.
Il était impossible aux musiques étrangères, que tout Paris aurait voulu admirer, de ne pas se faire entendre une seconde fois réunies dans le même local. Un concert européen des musiques militaires fut donc projeté par le comité de la :Io section. Les officiers sous la conduite desquels étaient placées ces musiques ayant accepté les propositions de la Commission impériale, ce concert eut lieu au Palais de l'Industrie dos Champs-Élysées, le dimanche 28 juillet, à une heure.
En voici le programme, suivi d'un avis important :
Autriche.— Régiment du due de Wurtemberg, n° 73. Chef, M. nmumnenr,-rr. 76 Ouverture du Preyschüta. N'Enta.
Marche aux Flambeaux. MEYERBEER.
Grand—duché de Bade. — Grenadiers de la garde. Chef, M. Bene. . . . 51
Finale de Loretey. MENDELSSOHN. Les Noces de Figaro. Muset
Bavière. — 4sr régiment royal d'infanterie. Chef, M. SIERENNAES. • . . • si Ouverture Nationale. LINDEXINTNED.
Ouverture de. la Cayeu Ladre. Relent.
Belgique, — Grenadiers belges. Chef, M. C. BENDER 59
Ouverture de la Muette de Portici. Aunes. Fantaisie sur les &souffle. M'immun.
ET LES INSTRUMENTS DE MUSIQUE. 939
Espagne. — 40e régiment du génie. Chef, M. Mante. . Ouverture de Tgioile dee Nord. MEYERBEER.
Ouverture de Raymond. A. THOMAS..
PaYEAMS. ••••• Grenadiers et chasseurs. Chef, M. DUMMER
()M'Orbi% de Guillaume Tell. Rossini.
Fradaisie car Lohengrin. WAGNER.
',russe. — 2* régiment de la garde royale et grenadiers de la garde (régiment
de l'Empereur François) réunis. Chef, M. WIEPRECUT. . . . . . . 90
Polonaise de Sirsiensée. MEYERBEER.
Hanche do Tannkaldeer. WAGNER.
Russie. — Chevaliers–gardas. Chef, M. NERVELD 74
Airs russes. MERFELD.
La Vie pour le Tsar. GLINKA.
N. B. Lus personnes munies de billets pris â l'avance et qui n'ont pu entrer au concours du dimanche 21 juillet, devront se présents au bureau de la location, Palais de l'Industrie, porte ne 4, pour se faire rembourser ou échanger leurs coupons contre de nouveaux billets.
Trente mille personnes environ assistèrent à cette nouvelle audition des musiques militaires étrangères.
Personne n'a étouffé, personne n'a crié : Au milieu l'orchestre par
la raison que l'orchestre, cette fois, avait été placé au milieu de la salle, mais de côté, où l'écho est à peu près nul, sur l'emplacement même où s'élevait le trône impérial, lors de la distribution des récompenses, le lorjuillet ; enfin il n'y a eu aucun dégât de commis par la foule, et les personnes munies de billets pris à l'avance entrèrent sans obstacle. L'Espagne, la Belgique, le grand-duché de Bade, la Bavière, les Pays- Bas, la Prusse, l'Autriche et la Russie défilèrent harmonieuseinent, et les musiciens, applaudis, acclamés, choyés par les démonstrations les plus sympathiques, conserveront de leur visite à Paris un souvenir que le temps ne saurait effacer.
La musique autrichienne s'est surpassée dans l'ouverture de Freyschez r et la Marche aux Flambeaux.
Celle des Pays-Bas a été ravissante dans l'ouverture de Guillaume Tell.
La Prusse, à cette dernière audition, n'a rien perdu de son prestige, et M. Wieprecht a conservé tous ses jeux de physionomie.
Quant à la Russie, elle a particulièrement intéressé les artistes et la critique en exécutant une ouverture à peu près inconnue en France,
I. On a remarqué que le chef de la musique autrichienne, M. Zimmermann,s'était sagement abstenu deconfier le solo do cor de cette ouverture â un instrument dere genre; il l'a donne aux bugles. Très–heureusement , en cette circonstance, les bugles de fabrique autrichienne ont une sonorité terne et faiblequi apu préterà l'illusion. On croyait entendre un cor.
...... 64
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mais célèbre dans tout l'empire de Russie.: l'ouverture de la Vie pour le Tzar.
Cet opéra est le chef-d'oeuvre de Glinka , compositeur russe, né en 1804, près de Smolensk, et mort à Berlin dans le mois de février 1857.
Michel Glinka jouit en Russie d'une réputation justement méritée comme le fondateur de Popéra.national de cet empire. L'ouverture de la Vie pour le Tzar mérite que nous entrions pour les musiciens dans quelques détails techniques.
Dès les premières mesures de cette préface instrumentale , qui est tout un panne, le compositeur se révèle original et puissant. Elle est écrite en soi mineur, à deux temps, mouvement lent. Un ré par tous les instruments jouant fortissimo se résout sur l'accord de sol mineur, auquel succède l'accord parfait d'ut mineur, pour retomber sur l'accord de sol mineur, mais à son premier renversement. La même disposition d'accords en si bémol , cette fois, donne ce caractère mélancolique, inquiet et profond, qui émeut, attriste et transporte l'imagination dans le redoutable et froid empire de Sa Majesté l'Hiver. A l'accord de si bémol, dans son premier renversement, succède un long silence semblable, dirait un poète, à celui qui règne dans les steppes arides (le la haute TartarM, que parcourt sur son rapide coursier le Mongol rapineux et nomade.
Sans autre préparation que le silence même, le hautbois entonne le commencement de l'air chanté par l'orphelin clans l'opéra du maître 'russe. Il y a là toute la poétique du Nord, un composé de rhythme bizarre, d'harmonie étrange, de mélodie sauvage et pleine d'attraits, formée d'amour, de tristesse mystique, de crainte et de fierté.
Cette première partie de l'ouverture, à laquelle il faut pour ainsi dire s'acclimater pour en comprendre toute la saveur originale, prépare l'entrée d'un vivace pianissimo à deux temps, toujours en sol mineur et modulant, sans passer par aucun mode majeur à un autre mode mineur, ce qui jette sur l'ensemble de la composition un voile fatal, à travers lequel l'imagination veut pénétrer pour lire dans les inspirations du musicien russe les sombres et mystérieuses histoires de la Russie de M. de Custine. Pour comble d'étrangeté, au mouvement à deux temps que nous venons de voir se produire succède un brusque mouvement à trois temps qui déroute l'oreille, sans trop la blesser toutefois. Ce dernier mouvement ne cesse que pour donner à la clarinette un chant à deux temps, formé d'un premier membre de phrase de trois mesures et
ET LES INSTRUMENTS DE MUSIQUE. ses
d'un second meinbre de quatre. Cette disposition, contraire aux règles de la pondération mélodique, parait ici néanmoins à sa place, où tout est bizarre comme procédé.
Après divers épisodes , parmi lesquels nous avons remarqué une suite d'accords qu'on trouverait peut-être un peu irrégulière au Conservatoire, l'auteur moscovite revient au motif principal. Ce motif, qu'il module plutôt qu'il ne développe, se termine par une explosion magnifique de tous les instruments de l'orchestre, auxquels, en Russie, se joint, dans les jours de solennité; un choeur nombreux d'hommes et de femmes, des cloches et des tam-tams.
Dans ce concert européen, la France e brillé par son absence.
Je regrette profondément que la musique des Guides et celle de la Garde de Paris, qui n'ont à redouter aucune comparaison, n'aient pas trouvé leur place à cette fête de l'harmonie.
La place de notre pays est partout où se produit le talent, et si c'est par courtoisie qu'on a abandonné le terrain aux musiques étrangères, la courtoisie a pris, en cette occasion, les proportions d'un sacrifice. Il est vrai que les musiques françaises nous restent, du moins celle de laGarcle de Paris et celle dela Gendarmerie de la garde, organisées sur le même modèle et munies de saxophones.
Après la fermeture de l'Exposition, cette dernière musique est allée faire une tournée artistique en Allemagne. Le succès qu'elle y a obtenu Orlon t a pris les proportions d'une ovation. On imaginerai t difficilementun pareil triomphe dans un pays si j sioux de ses prérogatives musicales.Mais voyez l'enseignement que nous donne ce fait si flatteur pour notre musique et nos musiciens : un second prix seulement est accordé à la musique des Guides de Paris,—une ovation continuelle est faite en Allemagne à la musique de la Gendarmerie, qui n'a jamais eu, quoique relativement excellente, la prétention de valoir celle des Guides 1 Hélas! ainsi vont les choses dans les événements de la vie, qui sont si souvent des effets du hasard.
AVANT LE DÉPART DES MUSIQUES ETRANGERES.
Après ce concert européen,—moins la France,— les musiques étrangères se sont fait entendre à l'Opéra, dans une séance à laquelle la Commission impériale est restée étrangère. Cette fois encore, le succès n'a manqué ni à l'Autriche, ni à la Prusse ; mais, en historien fidèle, nous devons ajouter que l'Autriche l'a emporté sur la Prusse, Le temps, qui
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perniet la réflexion, avait fait son oeuvre habituelle, et chaque chose prenait dans l'estime publique la place qui lui convenait.
Les preniiers effets de surprise passés, on vit plus clair partout. C'est ainsi qtie nos musiques françaises, assez malmenées, nous le savons, par des'Français, toujours heureux d'abaisser tout ce qui vient de la France, ont reconquis enfin dans l'opinion publique leur véritable place, c'est.à . dire la première, d'où on ne les délogera point.
Et maintenant suivons rapidement les corps de,musique pendant leur séjour à Paris jusqu'au moment où ils nous ont fait leurs adieux.
Des engagements ont été offerts par plusieurs maîtres d'établissements publics aux meilleurs corps de musique étrangers.
La Prusse a, pendant quelques jours encore, lutté de près ou de loin avec l'Autriche sans la vaincre jamais, mais aussi sans jamais être vaincue par elle.
Un banquet a été offert par la musique de la Garde de Paris à ton tes les musiques étrangères, et nous sommes heureux de constater que la plus franche cordialité n'a cessé de régner pendant ce repas, qui s'est prolongé assez avant dans la nuit.
De son côté, le comité de l'exécution (3e section) réunissait dans un dîner, aux Frères-Provençaux, les officiers sous la conduite desquels les musiques étrangères se sont rendues à Paris, les chefs de ces musiques et quelques invités, parmi lesquels Adolphe Sax.
Le comité était représenté par le général Rose, présidant en l'absence du général Mellinet, — vivement regrettée de tous les convives, — par Émile Jonas et par celui qui écrit ces lignes.
Divers toasts furent portés par les officiers du chaque État européen et par M. Berger, secrétaire de la Commission impériale. Le général Rose prononça d'une voix sympathique les paroles suivantes, souvent interrompues par de chaleureux applaudissements :
a MESSIEURS
« Je viens, avant de vous faire nos adieux, boire à ce fait sans précédent d'un concours européen de musiques militaires.
« Heureux combats que ceux de l'intelligence, où chacun reste maître du champ de bataille, on la victoire s'accomplit sans revers, où la palme couronne tous les fronts.
Je ne sais pas, Messieurs , si jamais il sera permis à la grande famille humaine de vivre en paix et de travailler en commun au profit de tous. Ce que je crois fermement, et votre présence à Paris a raffermi cette conviction, c'est que
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la paix universelle, si elle vient à régner sur la terre, se fera- par le beau, que Platon a défini la splendeur du vrai.
« Le beau est le but de tous les arts , mais la musique est le seul qui oblige les hommes à se réunir pour l'exercer et pour en jouir. Il faudrait donc se montrer bien aveugle et surtout bien sourd, pour oser nier sa salutaire affluence.
Le nombre des auditeurs aux deux concerts donnés au Palais de l'Industrie par les musiques étrangères et française peut être évalué à cent mille. Ce sont cent mille coeurs que vous avez noblement émus, et sur lesquels vous avez harmonieusement inscrit ces mots magiques : solidarité de sentiments. L'Empereur (le nôtre, Messieurs) a déjà consacré ce souvenir.
« Le comité de l'organisation musicale de l'Exposition internationale que j'ai l'honneur de présider en l'absence du général Mellinet, — absence qu'il regrette vivement, est heureux d'offrir à chacun de vos soldats-artistes une médaille commémorative.
« Elle pourra trouver une place à côté de celles qui rappellent les faits glorieux de vos armées.
« Je bois à vous, Messieurs, à vos nations, à l'art musical qui est le langage du cceur et qu'à ce titre vous ne pouviez manquer deparler avec éloquence.
Sur la demande du général Mellinet, l'Empereur et l'Impératrice avaient gracieusement consenti à recevoir de nouveau les musiques militaires avant leur départ. Cette nouvelle fut annoncée à ce diner par le secrétaire du comité entre le toast que clous venons de lire et la santé de la Famille impériale portée par le commandant Tomas de la Torre, officier espagnol. Deux jours après ce dîner, les musiques, en grande tenue, se réunissaient de nouveau dans la cour du palais des Tuileries. Les officiers étrangers se trouvèrent là avec les généraux français Mellinet et Rose et le secrétaire du comité, Émile Jonas.
Chaque musique fit entendre l'hymne national de son pays devant l'Empereur et l'Impératrice, qui manifestèrent leur contentement. Puis, après un court défilé, les musiques se formèrent en carré sur les pelouses du jardin réservé. L'Empereur alors fit une libérale distribution de croix d'honneur reçues avec gratitude, et sanctionnée unanimement par les artistes et la population.
L'Empereur a donné la croix d'officier de la Légion-d'Honneur aux deux colonels russe et autrichien, la croix de chevalier aux autres officiers. Il a décoré également M. Wieprecht, directeur de toutes les musiques prussiennes; M. Dunkler, 4°C lieutenant et directeur de la musique des Pays-Bas, et M. Doerfeldt, directeur des musiques russes de la garde,
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qui a rang de lieutenant.tcolonel. Aux simples chefs de musique, l'Empereur n'a donné que la médaille militaire.
Il est regrettable que M. Zimmermann n'ait pas pu, à cause de son grade dans l'armée, participer à la distribution des croix. La Légiond'Honneur eût été bien placée sur la poitrine de cet artiste, qui a conquis toutes les sympathies et mérité tous les suffrages.
Émile Jonas ne pouvait être oublié dans les faveurs impériales, et je suis heureux d'appeler aujourd'hui mon ancien camarade de classe au Conservatoire avec Laurent de Rillé, Victor Massé, Aimé Maillard et plusieurs autres notabilités musicales, monsieur le chevalier.
Voilà une croix bien méritée et qui sera dignement portée. Laurent de Rillé est aussi décoré, et depuis deux ans, déjà .
Victor Massé de même, et depuis plus longtemps encore, Maillard aussi. Ils sont tous élèves de M. Elwart, — ancien grand prix de Rome, — auteur distingué de nombreux ouvrages, dont quelques-uns ont été exécutés aux concerts du Conservatoire,—auteur de traités didactiques qui ont rendu d'incontestables services à l'enseignement, — professeur au Conservatoire depuis trente-cinq ans, — président d'un grand nombre de concours orphéoniques,—auteur du Salut impérial, belle inspiration exécutée à l'Opéra par ces mêmes musiques étrangères réunies. M. Elwart est-il lui-même décoré ?
Pas encore t
On raconte que Napoléon Pr, passant une revue de sa garde, appela un sous-officier qu'il voulait décorer. Un vieux soldat du même nom, croyant qu'il s'agissait de lui, rompit les rangs, et s'approcha de l'Empereur.
—Maladroit I dit au vieux soldat un officier qui se trouvait à ses côtés, il ne s'agit pas de vous!
Le vieux soldat, confus et rouge comme un coquelicot, allait se retirer en tremblant, quand l'Empereur, , qui savait lire sur les physionomies et juger les hommes à leur mine, crut le reconnaître. ll le questionna, et apprit qu'il avait fait toutes les campagnes du Consulat et de l'Empire, et qu'il s'était distingué par plusieurs actions d'éclat.
Napoléon comprit qu'il devait une large réparation à ce vaillant oublié.
Séance tenante, il le fit passer par tous les grades jusqu'il celui de capitaine et lui attacha la croix sur la poitrine.
Quand tant d'élèves de M. Elwart sont l'objet de distinctions flatteuses,
ET LES INSTRUMENTS DE MUSIQUE. •
le maître, vieux et vaillant soldat de l'harmonie, sera-t-il encore longtemps oublié?...
DÉCEPTION A VERSAILLES DES MUSIQUES DES CHEVALIERS-GADDES DE
L'EMPEREUR DE RUSSIE ET DE LA FANFARE ADOLPHE SAX.
Toutes les musiques étrangères avaient quitté la capitale. La musique russe seule nous restait, et le dernier souvenir qu'elle devait emporter de notre pays est le souvenir d'une hospitalité empressée et pleine de cordialité qui lui a été offerte par la ville de Versailles.
Celui qui signe ce livre n'ayant pas été étranger à cette réception, il ne croit pas devoir mieux faire que de laisser parler les journaux de la localité. Voici le compte rendu qu'ils ont fait de cette charmante visite musicale et militaire :
< Dimanche dernier, 4 août, notre ville, habituée aux bonnes fortunes, a eu celle de recevoir et d'entendre la musique de la Garde impériale russe et la fanfare de M. Adolphe Sax , premiers grands prix au concours international des musiques militaires et civiles.
s Cette fête de l'harmonie, qui a réussi comme toutes les choses improvisées qui réussissent bien, c'est-à -dire mieux que les projets lesplus savamment combinés, nous la devons à l'initiative de M. Oscar Comettant , un des membres du comité, avec les généraux Mellinet, Rose et Lichtin, et MM. Georges Kastner, de Viliers et Émile Jonas, comité nommé par M. le Ministre d'État pour l'organisation des concours et des festivals qui ont fait de PariS, clans ces derniers temps, la capitale de la musique universelle.
« Quelques affiches apposées le samedi sur les murs de Versailles et dans les gares annonçaient la réception au Parc de la musique russe et de la Société philharmonique de M. Sax. Cette publicité si bornée avait suffi pour attirer dans notre ville un immense concours de dilettanti.
< A. midi sont arrivés, accompagnés du colonel russe Tolmatschef et de M. Oscar Comettant, les chevaliers-gardes reçus à la gare par le président des Fêtes versaillaises, et plusieurs commissaires délégués, dont on ne saurait trop linier la courtoisie. Une haie de curieux s'est formée sur leur passage, et chacun admirait l'air distingué et la belle tenue de ces soldats-artistes.
« Ils se sont dirigés sur le château, dont ils ont visité les galeries de tableaux avec un intéret visible. Les sujets oui figuraient des personnages russes, tels que l'entrevue d'Alexandre avec Napoléon I", le siége de Sébastopol , etc. , étaient naturellement pour eux l'objet d'une attention particulière.
< Après cette visite, les musiciens étrangers se sont gracieusement rendus au Parc, munis de leurs instruments, et c'est avec peine qu'ils ont pu, tant le publie était nombreux , se frayer un passage à travers l'élégante société de la ville, jusqu'à l'endroit préparé pour le concert.
LA MUSIQUE, 'LES MUSICIENS
a Déjà M. Aldolphe Sax s'y trouvait avec ses quinze dont la réputation est européenne.
a Au• premier rang des auditeurs nous avons remarqué M. le Préfet de Seine. et-Oise, M. le Maire de Versailles , nos officiers généraux , M. le général Paté , commandant du palais, Madame Boselli , Madame Ploix et une foule d'autres clames de la ville.
e Les chevaliers-gardes, sous la conduite de leur habile chef (décoré ce même jour par l'Empereu), ont débuté par l'hymne russe, accueilli par les bravos de toute ]'assemblée. Ensuite ils ont joué avec une grande supériorité des airs du Prophète , groupés avec talent et entendus avec infiniment de plaisir.
a Deux morceaux,la Marche des géants, et un caprice sur le Carnaval de Venin, ont fait ressortir les qualités hors ligne de la fanfare civile de M. Adolphe Sax , conduite par lui-même. Justesse, ensemble, belle sonorité, style irréprochable, virtuosité sans égale , elle a tout, cette incomparable fanfare, créée par le célèbre facteur d'instruments il y a plusieurs années déjà , et couronnée d'enthousiasme au concours international de musiques civiles.
Les derniers échos du saxophone de M. Mayer étaient à peine éteints, que, sur un signe de son chef, la musique russe s'est remise en place pournousfaire entendre, cette fois, la savante et caractéristique ouverture de l'opéra national de Glinka, la Vie pour le Tzar.
e Ce concert, tout de grâce et de séduction, a été terminé par la marche du régiment des chevaliers-gardes,eomposée de motifs empruntés à l a Dame blanche. Quel plus beau triomphe pour l'ceuvre de Boieldieu que cette naturalisation On l'a dit avec raison, la musique est la langue universelle, et les accents de l'âme n'ont pas de nationalité; leur patrie est partout.
Les chevaliers-gardes ainsi que les habiles instrumentistes de la fanfare Adolphe Sax étaient venus à Versailles pour visiter nos châteaux et nos parcs. Ils n'ont pas voulu quittes' notre ville sasse se faire entendre, et nous leur en exprimons ici toute notre reconnaissance. Le plaisir qu'ils nous ont fait est de ceux qui laissent une profonde et durable impression.
e Sous la conduite des commissaires délégués, les chevaliers-gardes ont terminé leur promenade, et à six heures tous les invités prenaient place à une table servie dans l'ancienne salle du conseil général de la préfecture, à l'Use! des Réservoirs ; ce banquet était offert par les autorités de la ville et la société des Fêtes.
A la table d'honneur nous avons remarqué , faisant les fonctions de président, M. le général de division Paté, commandant du palais. A ses côtés M. le colonel russe et Adolphe Sax. A la droite du président de la co mmission des Fêtes versaillaises se trouvait M. Oscar Comettant.
e La tenue des musiciens russes pendant tout le dîner nous a donné la plus haute idée de la discipline de l'armée du czar. On dit quelquefois sages comme des demoiselles; des demoiselleseussent certainement fait plus de bruit que ces militaires, fils adoptifs de la Muse des sons, et qui ne rompent le silence que pour charmer par les plus harmonieux accents,
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